
La périménopause est cette période de transition qui précède la ménopause, parfois de plusieurs années. Les règles deviennent irrégulières, le sommeil se fragmente, les humeurs fluctuent sans raison apparente. Pourtant, en France, beaucoup de femmes traversent cette étape sans que le mot « périménopause » ne soit jamais prononcé dans un cabinet médical.
Le Rapport Rist, remis à la ministre de la Santé le 9 avril 2025, l'a dit clairement : les femmes françaises sont sous-informées, sous-diagnostiquées, et sous-traitées pendant cette période. Seules 2,5 % des femmes de plus de 45 ans avaient acheté au moins un traitement hormonal de la ménopause en 2024.[1] C'est l'un des taux les plus bas d'Europe occidentale.
Ce guide explique comment fonctionne le parcours de soins pour la périménopause en France, ce que la Sécurité sociale prend en charge, et ce que les récentes propositions parlementaires pourraient changer concrètement pour vous.
Ce contenu est informatif. Il ne remplace pas l'avis de votre médecin.
Qu'est-ce que la périménopause, et pourquoi le diagnostic tarde en France
La périménopause désigne la phase de transition hormonale qui précède la ménopause. Elle dure en moyenne deux à quatre ans, mais peut s'étendre sur une décennie pour certaines femmes. L'âge moyen de la ménopause en France est de 51 ans, ce qui signifie que la périménopause commence souvent autour de 45-47 ans, voire plus tôt.[2] Selon l'INSERM, 87 % des femmes ménopausées souffrent d'au moins un symptôme fonctionnel.
Les symptômes sont variés : bouffées de chaleur, troubles du sommeil, irritabilité, brain fog, sécheresse vaginale, prise de poids, palpitations. Ce sont souvent des symptômes diffus, qui ne pointent pas d'eux-mêmes vers un diagnostic hormonal. Résultat, beaucoup de femmes passent par les cases anxiété, dépression ou burn-out avant que la périménopause ne soit évoquée.
Pour aller plus loin sur les changements corporels liés à cette période, consultez notre article sur les effets de la périménopause sur le corps et l'exercice.
Comment fonctionne le parcours de soins coordonné pour une consultation périménopause
En France, le parcours de soins coordonné repose sur le médecin traitant. Déclarer un médecin traitant à votre CPAM, c'est la condition pour être remboursée au taux normal (70 % du tarif conventionnel de base) lors de vos consultations spécialisées.[3]
Pour la périménopause, le parcours type ressemble à ceci :
- Consultation avec le médecin traitant. C'est votre premier interlocuteur. Il peut poser le diagnostic, prescrire un bilan hormonal, et orienter vers un gynécologue si nécessaire.
- Orientation vers un gynécologue ou une sage-femme. Si votre médecin traitant vous adresse officiellement à un spécialiste, vous restez dans le parcours coordonné et bénéficiez du remboursement à 70 %.
- Accès direct au gynécologue. Pour certaines consultations gynécologiques (examen clinique périodique, contraception, suivi de grossesse), vous pouvez consulter un gynécologue directement sans passer par votre médecin traitant, tout en conservant le taux de remboursement à 70 %.[4]
La distinction importante à retenir : si vous consultez un spécialiste hors parcours (sans orientation du médecin traitant, et hors cas d'accès direct), le remboursement tombe à 30 % du tarif de base. C'est une différence qui pèse sur la note.
Secteur 1, secteur 2, OPTAM : ce que ça change pour votre remboursement de gynécologue périménopause
Tous les médecins ne pratiquent pas les mêmes tarifs. Voici comment s'y retrouver.
Un gynécologue secteur 1 applique les tarifs conventionnés fixés par l'Assurance Maladie. À compter de juillet 2025, le tarif d'une consultation s'élève à 40 euros. La Sécurité sociale rembourse 70 % de ce tarif (moins la participation forfaitaire de 2 euros), soit environ 26 euros. Votre mutuelle peut prendre en charge le reste.
Un gynécologue secteur 2 peut pratiquer des dépassements d'honoraires. S'il a adhéré à l'OPTAM (Option Pratique Tarifaire Maîtrisée), la Sécurité sociale le rembourse comme un secteur 1, et les complémentaires santé « responsables » couvrent mieux les dépassements.[5] Sans OPTAM, le remboursement de base tombe à une base de 23 euros, et les dépassements peuvent être importants, surtout en région parisienne.
Pour trouver un gynécologue secteur 1 ou OPTAM près de chez vous, le moteur de recherche de l'Annuaire Santé sur ameli.fr permet de filtrer par secteur.
Ce que rembourse la Sécurité sociale pour la périménopause
Voici un aperçu pratique de ce qui est pris en charge, selon les informations publiées par l'Assurance Maladie et la HAS.
Les consultations médicales
La consultation chez le médecin traitant ou chez un gynécologue dans le cadre du parcours coordonné est remboursée à 70 % du tarif conventionnel. La partie non remboursée (ticket modérateur) est souvent couverte par votre mutuelle, selon votre contrat.
Le bilan hormonal
Si votre médecin prescrit des dosages de FSH (hormone folliculo-stimulante) et d'estradiol pour confirmer ou orienter le diagnostic, ces analyses sont remboursées par la Sécurité sociale dès lors qu'elles sont prescrites par un médecin. Sans ordonnance, elles sont à votre charge.[6]
Le traitement hormonal de la ménopause (THM)
La HAS a publié en 2025 une réévaluation des traitements hormonaux, onze ans après sa précédente analyse. Sa conclusion : le THM reste le traitement le plus efficace pour les symptômes climatériques (bouffées de chaleur, troubles du sommeil, sécheresse vaginale) et il est remboursé entre 30 % et 65 % du tarif de base, selon les molécules.[7]
La HAS confirme également que le THM est indiqué dans la prévention de l'ostéoporose post-ménopausique pour les femmes présentant un risque fracturaire élevé. Elle souligne la nécessité d'une réévaluation annuelle bénéfice-risque. Certains progestatifs sont désormais déconseillés en raison d'un risque accru de méningiome, ce qui modifie les prescriptions habituelles.
Le THM nécessite une prescription médicale. C'est votre médecin traitant ou votre gynécologue qui évalue si un traitement est adapté à votre situation.
Ce que la mutuelle couvre (et ce qu'elle ne couvre pas)
La complémentaire santé (mutuelle) vient compléter ce que la Sécurité sociale ne rembourse pas : ticket modérateur, dépassements d'honoraires, et parfois des soins non remboursés. Mais la couverture varie beaucoup d'un contrat à l'autre.
Ce que la mutuelle peut prendre en charge dans le cadre de la périménopause :
- Le ticket modérateur sur les consultations médicales
- Les dépassements d'honoraires (chez un secteur 2 avec ou sans OPTAM)
- Certains compléments ou dispositifs médicaux non remboursés (selon le contrat)
Ce que la mutuelle ne couvre généralement pas :
- Les consultations auprès de professionnels de santé non conventionnés
- Les bilans réalisés sans ordonnance
- Les médecines complémentaires (naturopathie, acupuncture) sauf garanties spécifiques
Vérifiez les garanties « médecins spécialistes » et « médecine de prévention » dans votre contrat, et n'hésitez pas à appeler votre mutuelle avant une consultation coûteuse.
Le Rapport Rist d'avril 2025 : ce qui est en train de changer pour la prise en charge de la ménopause
En octobre 2024, le Premier ministre a confié une mission à la députée du Loiret Stéphanie Rist, en lien avec l'Inspection générale des affaires sociales. Son rapport, rendu le 9 avril 2025, liste 25 propositions pour améliorer la prise en charge de la ménopause en France.[8]
Les propositions sont organisées autour de trois axes : informer et préparer les femmes, améliorer l'accompagnement sanitaire, et tenir compte de la ménopause au travail.
Parmi les mesures les plus concrètes pour le parcours de soins :
Une consultation dédiée à la ménopause. Le rapport recommande la création d'une consultation longue, remboursée, à mettre en place dès les premiers signes de périménopause. Elle pourrait être réalisée par un médecin généraliste, un gynécologue ou une sage-femme formée. La création de cette consultation doit faire l'objet de négociations dans le cadre du prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale.
La mise à jour des recommandations de la HAS. La mission Rist demandait à la HAS d'actualiser ses recommandations sur la ménopause avant la fin 2025, dans une approche globale intégrant traitements hormonaux et non hormonaux, hygiène de vie, et parcours de soins. La HAS a publié sa réévaluation du THM en 2025, une première étape concrète.[9]
La formation des professionnels de santé. Le manque de formation des médecins sur la ménopause est cité comme l'une des causes principales de la sous-utilisation du THM et du retard de diagnostic.
La dédiabolisation du traitement hormonal. Le rapport note que la peur du cancer du sein, amplifiée par des études controversées au début des années 2000, a durablement réduit la prescription et l'utilisation du THM en France, bien au-delà de ce que justifiait la balance bénéfice-risque réelle.[10]
Ces propositions ne sont pas encore toutes traduites en droit. Mais elles donnent une direction claire, et certaines femmes peuvent déjà en faire usage dans leur dialogue avec leur médecin.
Santé mentale et périménopause : ce que Mon Soutien Psy rembourse
Les fluctuations hormonales de la périménopause affectent les neurotransmetteurs, notamment la sérotonine et la dopamine. Irritabilité, anxiété, tristesse inexpliquée : ces symptômes sont fréquents et peuvent être invalidants. Pourtant, ils sont souvent mal orientés vers une prise en charge psychologique.
Depuis 2025, le dispositif Mon Soutien Psy permet d'accéder à 12 séances par an chez un psychologue partenaire de l'Assurance Maladie, sans avoir besoin d'une ordonnance médicale.[11] Chaque séance coûte 50 euros, remboursée à 60 % par la Sécurité sociale (soit 30 euros). Votre mutuelle peut couvrir le reste selon votre contrat.
Ce dispositif est destiné aux troubles légers à modérés : anxiété, tristesse, difficultés du quotidien. Il ne remplace pas un suivi psychiatrique pour des troubles sévères.
Pour trouver un psychologue partenaire, le site Mon Soutien Psy propose un moteur de recherche géolocalisé avec près de 5 500 praticiens référencés en France.
Les symptômes psychologiques de la périménopause méritent d'être pris au sérieux. Si votre médecin les attribue uniquement au stress ou à la dépression sans explorer la piste hormonale, n'hésitez pas à demander un bilan.
Préparer votre consultation périménopause : quoi dire à votre médecin traitant
Beaucoup de femmes quittent la consultation sans avoir obtenu de réponse à leurs questions sur la périménopause, parfois parce qu'elles n'ont pas su comment aborder le sujet. Voici quelques formulations concrètes.
Pour initier la conversation :
« J'ai 46 ans, mes cycles sont devenus irréguliers depuis plusieurs mois, j'ai des problèmes de sommeil et des sautes d'humeur. Est-ce que ce pourrait être le début de la périménopause ? »
Pour demander un bilan :
« Est-ce qu'un dosage de FSH et d'estradiol serait utile pour préciser le diagnostic ? »
Pour parler du traitement :
« J'ai lu les nouvelles recommandations de la HAS sur le THM. Est-ce que vous pensez que ce serait adapté à ma situation ? »
Pour une orientation spécialisée :
« Est-ce que vous pourriez me faire une lettre de correspondance pour un gynécologue, pour que je reste dans le parcours de soins ? »
Votre médecin traitant n'est pas obligatoirement un spécialiste de la ménopause. Mais il est votre porte d'entrée vers une prise en charge remboursée. Préparer votre consultation, noter vos symptômes avec leur fréquence et leur impact sur votre vie quotidienne, aide à gagner du temps et à obtenir un suivi adapté.
L'activité physique dans le parcours de soin périménopause
Une fois que vous avez un diagnostic et, le cas échéant, un traitement, l'activité physique fait partie intégrante de la prise en charge. La Haute Autorité de Santé classe l'exercice parmi les mesures non médicamenteuses recommandées pour les symptômes de la ménopause, notamment pour la qualité du sommeil, l'équilibre de l'humeur, et la densité osseuse. Depuis la loi du 2 mars 2022, votre médecin traitant peut d'ailleurs prescrire une activité physique adaptée pour vous aider à démarrer : voir notre guide dédié au sport sur ordonnance en périménopause pour savoir qui est éligible et comment faire la demande.
Mais maintenir une pratique régulière quand l'énergie fluctue d'un jour à l'autre, c'est là que ça coince. Notre article sur la motivation à bouger pendant la périménopause détaille pourquoi c'est biologiquement difficile, et ce qui aide vraiment.
Motion est conçu pour ce type de situation. L'application fixe des objectifs hebdomadaires qui s'adaptent automatiquement à votre niveau réel d'activité sur les douze dernières semaines. Une semaine de fatigue intense ne fait pas exploser vos objectifs la semaine suivante. Et les défis avec des amies fonctionnent sur l'effort personnel, pas sur la performance absolue, ce qui les rend accessibles quelle que soit votre forme du moment.
L'idée n'est pas de vous ajouter une pression supplémentaire. C'est de rendre le mouvement plus facile à maintenir sur la durée, même quand votre corps change. Pour en savoir plus : objectifs fitness adaptatifs et construire une habitude d'exercice durable.
Périménopause et santé en France : les points essentiels
Le système de santé français offre une prise en charge réelle pour la périménopause, mais elle reste sous-utilisée, souvent par manque d'information. Le Rapport Rist d'avril 2025 en a fait un enjeu de santé publique reconnu, avec des propositions concrètes qui devraient se traduire progressivement en actes.
En attendant, vous n'avez pas à attendre. Déclarez un médecin traitant si ce n'est pas encore fait, préparez votre consultation avec vos symptômes notés, et n'hésitez pas à demander un bilan hormonal et une orientation vers un gynécologue si votre médecin ne l'évoque pas spontanément.
Vous êtes la mieux placée pour savoir ce que vous ressentez. Le système, avec toutes ses limites, a les outils pour vous aider, à condition de les demander.
Sources
- Ordre des Pharmaciens (2025). Améliorer la prise en charge de la ménopause : ce que propose le rapport Rist
- INSERM (2024). Dossier ménopause
- Ameli.fr (2025). Le rôle du médecin traitant et le parcours de soins coordonnés
- Ameli.fr (2025). Consultations en métropole : vos remboursements
- Ameli.fr (2025). La maîtrise des dépassements d'honoraires : l'OPTAM
- Périfit (2024). Ménopause et prise de sang : le bilan hormonal pour confirmer le diagnostic
- Haute Autorité de Santé (2025). Réévaluation des spécialités indiquées dans le traitement hormonal de la ménopause
- Vie-publique.fr (2025). Ménopause en France : 25 propositions pour trouver le chemin de l'action
- Gynéco Online (2025). HAS 2025 : traitement hormonal dans la prise en charge des femmes ménopausées
- Medscape Français (2025). Il faut dédiaboliser le traitement hormonal substitutif de la ménopause
- Info.gouv.fr (2025). Mon soutien psy : 12 séances remboursées par an
- Service-public.fr (2025). Remboursement d'une consultation médicale